Le buzz des origines de la vie sur Terre

Mars : origine de la vie terrestre ? Crédit : Nasa

Mars : origine de la vie terrestre ? Crédit : Nasa

D’où venons-nous ? Voilà une des questions phares de la science que l’on peut qualifier d’existentielle. Ou d’ontologique si on se la joue philosophe. Ou d’égocentrique par mauvais esprit.  Elle exerce en tous cas une fascination telle qu’une annonce de percée dans ce domaine attire les médias , y compris ceux qui d’ordinaire excluent les sciences de leurs pages « culture ». Un buzz pour le meilleur, et quelques fois pour le pire. Je vous propose aujourd’hui trois annonces scientifiques récentes qui se penchent sur l’origine de la vie sur Terre. Toutes avancent une explication extraterrestre.

Sommes-nous des martiens ?

Celle qui a fait le plus de bruit est due à Steven Benner en marge de la conférence Goldschmidt, un colloque international de géochimie qui s’est déroulé fin août à Florence.  Chercheur à l’institut Weistheimer, dont il est lui-même le fondateur, Steven Benner déclare que la vie sur Terre provient…de Mars. Selon lui, deux constituants ont joué un rôle essentiel dans la fabrication des briques élémentaires de la vie : le bore et le molybdène. Sous une forme très oxydée, ces métaux serviraient de catalyseurs, c’est-à-dire d’accélérateurs sur la route qui conduit des molécules carbonées à la vie. Or, d’après Benner, les conditions sur Terre il y a 4 milliards d’années étaient très peu favorables à la présence de bore et de molybdène oxydés à cause du manque d’oxygène. Mais à l’époque, Mars devait être l’Eden du système solaire, avec de l’eau en abondance, de l’oxygène, et même des continents. Ces métaux indispensables à la vie, et pourquoi  pas la vie elle-même, auraient fait le voyage jusqu’à la Terre par une météorite qui aurait été éjectée de Mars par un gros impact.

Le buzz qui a suivi cette annonce fut plus qu’appréciable. L’info a été reprise par la quasi-totalité des médias généralistes (exemple), avec presque partout la même coquille sur le nom du chercheur (Brenner au lieu de Benner) que dans la dépêche de départ. Il y aurait beaucoup à déplorer sur ce mimétisme grégaire et sa fâcheuse tendance à court-circuiter l’esprit critique des journalistes…

Une hypothèse très…hypothétique

Selon Hervé Cottin, astrochimiste à l’Université Paris XII, interrogé par Le Figaro sur l’annonce de Benner, « l’idée d’invoquer Mars, sur laquelle on n’a toujours pas trouvé de vie, pour comprendre un processus qui a dû se dérouler sur Terre me paraît juste déplacer le problème ».  Interviewé par Sciences et Avenir, Eric Lewin, chercheur à l’Université Joseph Fourier de Grenoble, va plus loin : « Aucune observation n’indique que lorsque la vie est apparue sur Terre, c’est-à-dire il y a 3,7 à 3,9 milliards d’années, l’atmosphère de Mars était suffisamment riche en oxygène pour que de l’oxyde de molybdène puisse s’y former ». Enfin, toujours dans Le Figaro, Louis d’Hendecourt, de l’Institut d’astrophysique spatiale d’Orsay renchérit : «On n’a aucune certitude sur ce que pouvaient être les conditions sur Terre il y a 4 milliards d’années, à une époque dont il ne nous reste aucune trace géologique.»

Les météorites, les comètes et la vie

Pour autant, la vie n’est peut-être pas une affaire interne à notre planète. L’hypothèse d’un ensemencement extraterrestre n’est ni nouvelle ni loufoque. De nombreuses météorites ont heurté et heurtent encore la Terre. Au printemps dernier, les médias ont retransmis les vidéos amateurs de ce bolide zébrant le ciel de la ville russe de Tcheliabinsk avant de terminer sa course dans un lac. C’est une météorite similaire tombée le 22 avril 2012, non loin de Sutter’s Mill en Californie,  que des scientifiques de l’Université d’Arizona ont étudiée. Dans un article qui vient de paraître dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, ils révèlent avoir soumis des fragments météoritiques à des conditions proches de celles des sources d’eau chaude près des volcans ou au fond des océans.  Concrètement, ils les ont enfournés dans un milieu où la température et la pression étaient très fortes pendant six jours. A leur grande surprise, ils ont ensuite détecté des molécules organiques, c’est-à-dire des molécules qui contiennent au moins un atome de carbone lié à un atome d’hydrogène, qui n’avaient jamais été observées dans de telles météorites. En particulier, ils ont trouvé des polyéthers, qui sont de longues chaînes faites notamment de carbone et d’oxygène, capables de former des petits échafaudages moléculaires en forme de bulles. Ceux-ci pourraient piéger en leur sein d’autres molécules et être de plausibles précurseurs des membranes cellulaires.

La comète Hartley 2. Crédit : Nasa.

La comète Hartley 2. Crédit : Nasa.

Une autre étude scientifique s’intéresse aux comètes. On savait que certaines de ces boules de glaces et de poussières contenaient des acides aminés, ces molécules qui composent toutes les protéines. Mais des chercheurs viennent de montrer que leur collision avec un autre astre provoque la formation de ces briques élémentaires. Pour arriver à cette conclusion, ils ont d’abord fabriqué une comète-cobaye. Leur article, publié le 15 septembre dans Nature Geoscience, donne la recette : prenez du dioxyde de carbone, une dose d’ammoniac et du méthanol pour finir. Puis, tirez sur cette cible une balle d’acier à quelque 7,15 kilomètres par seconde pour simuler l’impact. La haute pression et la forte température qui en résulte engendrent la réorganisation des molécules de la comète. Vous pouvez ainsi obtenir des acides aminés, par exemple de l’alanine. Même plus besoin de conditions favorables à la vie sur la planète d’accueil !

Les météorites et les comètes sont-elles les cigognes intersidérales qui amènent la vie sur les planètes ? Rien n’est moins sûr, le gros morceau reste de comprendre le passage de molécules complexes comme les acides aminés à des molécules capables de se multiplier rapidement à l’identique, comme les molécules d’ARN, présentes chez tous les êtres vivants. La réponse attendra donc. Dommage, ça m’aurait fait un joli buzz.