Ma dose de science #5

Au menu : biomimétisme, exoplanètes et science & humour

La peau du dindon inspire les scientifiques

La peau du dindon inspire les scientifiques

Biomimétisme –  « L’Art imite la Nature » écrivait Aristote. La science aussi. Plutôt que de chercher l’inspiration ex nihilo, les scientifiques préfèrent souvent observer et mettre en œuvre des stratégies d’adaptation animale qui ont fait leurs preuves. Voici un petit florilège parmi les annonces récentes :

Leonard de Vinci dessinait déjà des machines volantes telles des chauves-souris. Des chercheurs de Virginia Tech ont minutieusement analysé comment ces mammifères battaient des ailes. C’est assez complexe et les robots chauves-souris sont encore loin. Batman peut souffler.

Par contre Spiderman se fera peut-être concurrencé par ces robots-araignées développés par des chercheurs suisses.  Ces hybrides sont capables de se déplacer verticalement sur un fil solide qu’ils fabriquent eux-mêmes avec une colle durcissant à l’air libre.

Le dindon inspire un capteur chimique. Ce n’est pas une farce. Sous l’effet de l’énervement, la tête du volatile passe du rouge au bleu à cause des fibres de collagène de la peau qui se réorganisent et absorbe différemment la lumière. Un chercheur de l’université de Berkeley a transposé ce principe pour fabriquer, entre autre, un détecteur à TNT.

Si vous en voulez encore, découvrez ici comment on confectionne une moustache de chat électronique pour sentir l’environnement ou pour voir comment l’étude des coquilles de mollusques permet de rendre le verre plus résistant.

Heureusement que les animaux ne réclament pas de royalties, car la liste est longue rien que dans les publications récentes. Mais il faut aussi ne pas se laisser s’enflammer, car les chercheurs ont bien compris que mettre l’accent sur un lien entre leurs travaux et l’ingéniosité de la nature éveillera plus facilement l’intérêt de journalistes et de potentiels investisseurs. Le monde de la recherche possède aussi ses stratégies d’adaptation.

Résurrection au clair de Lune – Les carottes ne sont peut-être pas cuites pour le Lapin de Jade. Ce rover, qui a été déployé par la Chine sur la Lune le 14 décembre dernier, connaissait quelques difficultés depuis la tombée de la seconde nuit lunaire, à la fin du mois de janvier. Les scientifiques chinois espéraient une amélioration au retour du jour, soit quatorze jours plus tard, le 9 février. Mais aucune nouvelle. L’annonce du décès du lapin a donc commencé à circuler.  Elle a été démentie le lendemain par le responsable du programme lunaire chinois. Cependant, on ne connait pas encore l’état exact du robot et les espoirs de le revoir gambader de nouveau sur le sol lunaire sont minces

Chasse-planètes –  L’Agence spatiale européenne vient de sélectionner la mission PLATO dans le cadre de son programme Vision cosmique. PLATO, pour PLAnetary Transits and Oscillations of stars,  recherchera des planètes de tailles approchant celle de la Terre en dehors du système solaire, de préférence des planètes situées dans la « zone d’habitabilité » de leur étoile, c’est-à-dire à une distance telle que la température permette l’existence d’eau liquide à la surface. Le satellite sera lancé en 2024. D’ici là, le satellite Gaïa, parti en décembre 2013, la mission Tess de la Nasa prévue en 2017 ou le JWT, qui remplacera Hubble en 2018, scruteront le ciel en quête d’autres mondes.

Humour fou –  Connaissez-vous l’histoire des 500 humoristes qui rentrent dans le bureau d’un psychiatre ? En fait, ce n’est pas une blague, mais une étude parue le mois dernier dans le British journal of psychiatry. Grâce à un questionnaire de personnalité, les chercheurs ont comparé les humoristes avec les acteurs et des personnes « normales » (ie qui n’exercent pas une activité « créative ») sur 4 traits particuliers : la croyance dans le paranormal, la difficulté à focaliser son attention, la volonté d’éviter les moments d’intimité ainsi que la tendance à l’impulsivité. Verdict : les acteurs ont un score plus élevé que la normale, mais les humoristes les battent sur tous les points. Cependant, les scientifiques mettent en garde contre les conclusions hâtives et le stéréotype de l’artiste fou. Est-ce que la prochaine étape ne devrait pas se concentrer sur les chercheurs ?

En attendant, les scientifiques aussi ont de l’humour. Ok, il est un peu spécial. La preuve avec ce top 10 des blagues scientifiques par Stephen Hawking. Attention, si vous riez, c’est que vous êtes contaminés.

Pour une tentative de traduction en français : voir ici.

Ma dose de science #4

Au programme du concentré de science véridique et décalé : portrait-robot préhistorique, stéthoscope, zythologie, religion, et trous noirs.

Brana 1. Crédit : CSIC

Brana 1. Crédit : CSIC

Ecce Homo – La peau foncée, les cheveux bruns et… les yeux bleus. Laissez-moi vous présenter Brana-1. Mort à 35 ans, il vivait il y a quelque 7000 ans dans le nord-ouest de l’Espagne. Prouesse technique : l’équipe internationale qui était à son chevet a réussi à dresser ce portrait-tout-sauf-robot juste à partir d’une dent et de l’ADN qu’elle contenait. De quoi faire mordre la poussière à l’hypothèse à laquelle se tenaient les anthropologues qui supposait que le teint des hommes de cette époque était plus clair.

Pour plus d’information, un article en français et la publication originale dans la revue Nature.

Médecine – Le stéthoscope pourrait devenir obsolète. C’est l’avis de Jagat Narula et Bret Nelson, de la Mount Sinai school of medicine de New York. Des dispositifs à ultrasons pas plus gros qu’un portefeuille sont désormais plus précis selon eux pour interpréter les murmures de nos entrailles. Reste que leur prix, quelques milliers d’euros, est bien supérieur à la Rolls Royce des stéthoscopes. Et que dire de la valeur symbolique de cet outil introduit en 1816 par le docteur René Laennec qui distingue à coup sûr celui qui le porte ? Le stéthoscope n’est peut-être pas encore à bout de souffle.

Zythologie artificielle – Des scientifiques de l’université autonome de Barcelone viennent de mettre au point un robot capable de différencier plusieurs variétés de bières. Il est doté d’une langue électronique incrustée de 21 électrodes sensibles à différents ions. Les signaux de tous ces détecteurs sont ensuite analysés et, après apprentissage, le robot discriminait six grandes catégories de bières avec une fiabilité de près de 82 %. A terme, de vrais robots goûteurs pourraient voir le jour. Parmi les questions qui restent en suspens : seront-ils ensuite capables de prendre le volant ?

 Un article à lire dans Food Chemistry, ou ici en français. (Et cliquez là si vous ne connaissez pas le mot zythologie).

Religion – Le cerveau des croyants fonctionne-t-il de la même façon que celui des athées ? Des scientifiques de l’Université d’Auburn en Alabama et du National Institutes of Healthse se sont penchés sur la question. En guise de confessionnal,  des outils d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle ont sondé l’esprit de volontaires soumis à des questions sur leurs croyances religieuses. Révélation : les circuits empruntés par l’information dans le cerveau semblent différés entre athées et croyants. Les chercheurs suspectent que le sentiment religieux puisse être une évolution apparue grâce au développement de la « théorie de l’esprit », cette capacité que les êtres humains ont d’essayer de deviner les intentions et les émotions d’autrui. Sommes-nous alors biologiquement déterminés à croire ? Non, car les connexions neuronales dépendent autant de l’environnement, de l’éducation, du contexte social… Au final, les voies du cerveau restent encore presque aussi impénétrables que celles de Dieu.

Pour en savoir plus : l’article scientifique, un post de blog en anglais, et un autre en français.

Trous noirs – Lui n’y croit plus. Stephen Hawking jette un pavé dans la théorie des trous noirs qu’il a contribué à développer. Les trous noirs sont  tellement denses qu’ils creusent dans la toile de l’espace-temps des puits si profonds que même la lumière n’en réchappe pas si elle s’approche trop près du mastodonte et franchit la ligne de non-retour que les physiciens appellent « l’horizon des événements ». Problème : Hawking & Cie buttent sur des paradoxes où physique quantique, relativité générale, intrication, entropie se mêlent et s’entredéchirent. Dans un court article sans équation publié sur Arxiv, le cosmologiste de Cambridge propose de brouiller les lignes : soumis à des fluctuations chaotiques, l’horizon des événements ne serait en fait qu’apparent. Cela ferait disparaitre les paradoxes. Mais pas les trous noirs. Vous avez dit troublant ?

Pour en savoir plus : l’article de Stephen Hawking, ce post de blog du Dr Eric Simon, qui explique bien les paradoxes et cet article (en anglais), ou d’autres spécialistes des trous noirs se montrent sceptiques face à cette annonce.

Enfin, merci à l’équipe de #LaTac sur France Inter pour m’avoir fait découvrir des vulgarisateurs hors-pairs des trous noirs : les Deschiens.