Ma dose de science #12

Dans la prescription d’actu-sciences du jour : paracétamol & émotions, des liens chimiques entre l’homme et le chien, les plus vieux outils du monde et une ballade dans le cosmos

La galaxie du Sombrero, par le télescope spatial Hubble

La galaxie du Sombrero, par le télescope spatial Hubble

 

Acétaminophène — Le paracétamol agirait-il contre les émotions ? Une étude publiée dans la revue Psychological Science vient d’être publiée sur le sujet. Le paracétamol, aussi appelé acétaminophène par les scientifiques, est la molécule active la plus vendue dans les médicaments en France, connue pour son action antidouleur. On a montré des photos aux quelques 80 participants de l’étude, certains avaient avalé du paracétamol, les autres un placebo.  Les images étaient choisies pour susciter une grande palette d’émotions et les participants devaient noter sur une échelle de 1 à 10 la réaction émotionnelle qu’ils ressentaient. Résultat : Les cobayes sous paracétamol ont des sentiments moins négatifs face aux images tristes, mais ils se sentent aussi moins joyeux devant les images plus gaies. Comme si le paracétamol anesthésiait les émotions. Le mécanisme par lequel la molécule produit cet effet n’est pas encore compris. Les psychologues qui ont mené l’étude formulent l’hypothèse de l’implication de la sérotonine, un neurotransmetteur  dont on sait qu’il joue sur le contrôle de la douleur et aussi sur l’humeur.

 

Un amour de chien — Un autre fameux ingrédient du cocktail émotionnel fait également l’actualité scientifique : l’ocytocine. On la surnomme, trop rapidement c’est vrai, l’hormone du plaisir, du bonheur ou de l’empathie. En tous cas, l’ocytocine serait une petite pincée de chimie indispensable en particulier au renforcement des liens entre la mère et l’enfant. En 2012, une étude avait montré que l’administration d’ocytocine chez les parents augmentait sa production chez l’enfant, en raison d’un surcroît de tendresse exprimé par les géniteurs. Un cercle vertueux en quelque sorte. Dans la revue Science, les résultats de l’équipe d’éthologie du professeur Takefumi Kikusui au Japon pointent un effet similaire entre l’humain et le chien. Quand ils jouent ensemble, leur deux taux d’ocytocine augmentent, et ceux d’autant plus qu’ils échangent des regards fréquents. Un phénomène que les chercheurs n’observent pas avec des loups apprivoisés dès leur plus jeune âge. Un petit coup de spray d’hormone sur la truffe du chien, et l’ocytocine augmentera en retour encore plus chez son maître. Un cercle vertueux semblable à celui d’une mère et son bébé. Ces similarités entre les comportements maternels et les liens que l’on tisse avec les chiens pourraient avoir joué un rôle dans la domestication de nos amis à quatre pattes, il y a plus de 10 000 ans.

 

Et l’outil fut — Si on remonte encore plus loin dans le temps, une autre date a fait couler de l’encre la semaine dernière. Celle de la fabrication des premiers outils par les ancêtres de l’Homme. Lors du Congrès de la société américaine de paléoanthropologie, une équipe a révélé la découverte d’outils en pierre taillés vieux de 3 300 000 ans au Kenya. C’est 700 000 ans de plus que ce qu’on pensait. C’est surtout bien trop vieux pour que ce soit l’œuvre du genre Homo, dont on date actuellement l’apparition vers 2 800 000 ans. Le premier artisan industriel serait Kenyanthropus Playtops. Il fait partie de la grande famille des australopithèques, la même que Lucy qui vivait à peu près à la même époque mais qui était d’une espèce différente. Ces petits morceaux de pierre font un peu plus voler en éclat le mythe selon lequel « l’outil serait le propre de l’Homme ». Mais pour en savoir plus, il faudra attendre la publication qui devrait arriver dans Nature.

 

La vigie du ciel — L’Homme n’a pas inventé l’outil, il mais il a fait pas mal de choses avec depuis 3 millions d’années…Y compris les envoyer dans l’espace. Le télescope Hubble fête en ce moment ses 25 ans dans le ciel. Et il est un peu plus sophistiqué qu’une pierre taillée. C’est la star des observatoires spatiaux, celui qui éclipse tous les autres. L’avantage de Hubble par rapport à un télescope sur Terre, c’est que là-haut, les images ne sont pas floutées par les turbulences de l’atmosphère et qu’il fait nuit 24h/24.  Depuis 25 ans il a transmis plusieurs milliers de clichés, qui ont servi autant à assouvir la curiosité des scientifiques qu’à éblouir les yeux des profanes de l’éclat des étoiles, des nébuleuses et des galaxies. Je vous conseille d’aller sur internet vous promener dans le cosmos avec Hubble. Et, si l’émotion est trop forte, n’oubliez pas votre paracétamol.

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