Ma dose de science #6

Cette semaine : Sabotage scientifique, beauté mathématique, fromage antique et mouche mélomane

Identité d'EulerSabotage – Le monde de la recherche possède des parts sombres et révoltantes. En 2011, lorsque Magdalena Koziol, post-doctorante à l’université de Yale, constate que les poissons zèbres qu’elle utilise pour ses expériences meurent mystérieusement, elle décide de procéder avec méthode. Elle prépare un bac portant son nom et contenant des poissons zèbres, ainsi qu’un autre, identique, mais anonyme. Seuls les poissons du premier bac meurent. La chose est claire : quelqu’un sabote son travail. Des caméras installées dans le laboratoire pour l’occasion, attrapent le coupable en train de verser de l’éthanol dans le bocal. C’est un « collègue » post-doctorant de Magdalena, Polloneal Jymmiel Ocbina. Il quitte Yale après avoir avoué. Mais le calvaire de la jeune chercheuse n’est pas fini. Son chef, Antonio Giraldez, lui interdit d’ébruiter l’affaire en la menaçant de poursuites judiciaires, néglige de la citer comme co-auteur dans un article pour la revue Nature et refuse de lui fournir une lettre pour justifier son manque de résultats auprès de futurs employeurs. Aujourd’hui, Magdalena est de retour à Cambridge, où elle a effectué son doctorat, mais elle a beaucoup souffert de cette affaire. Elle poursuit donc Ocbina, mais aussi  Giraldez et l’université de Yale devant les tribunaux.

Ces cas de sabotage sont rares, mais ils sont aussi durs à prouver. Si on ne connait pas les motivations d’Ocbina, les précédents montrent que ces actes sont souvent provoqués par la pression interne au laboratoire pour obtenir des résultats. Publier ou périr, voilà le slogan pervers d’un royaume qui confond malheureusement parfois recherche et compétition. Faut-il alors s’étonner d’y trouver quelque chose de pourri ?

Une affaire dont s’est fait écho le magazine Science

Art mathématique – Beauté et équations font souvent bon ménage, beaucoup de mathématiciens vous le diront. Mais qu’en disent leurs cerveaux ? Des neuroscientifiques de l’University College de Londres ont placé 16 spécimens de fort en maths dans un appareil d’IRM fonctionnel, qui permet de visualiser en temps réel les aires cérébrales qui sont stimulées lors d’une tâche particulière. Les mathématiciens devaient regarder 60 équations et les noter sur une échelle esthétique allant de « moche » jusqu’à « superbe ». Résultat : mieux la formule est notée, plus une région précise du cortex orbito-frontal s’active. Or cette zone s’active également face à des œuvres d’art visuelles ou musicales. Pour comparer, un groupe de profane a subi le même test. Face aux équations, la réponse de leur cerveau était moins forte, signe pour les neuroscientifiques que la beauté des formules provient en partie de leur compréhension. Rien de bien fracassant donc. On peut d’ailleurs critiquer cette tendance des neurosciences à s’emparer de concepts aussi vague que la beauté pour en dire si peu de chose. Qu’est-ce que trouver une chose belle ? C’est une interaction entre des impressions sensorielles, des émotions, un processus de décision et l’éventuelle récompense qu’on attend de cette décision. Bref, tout un entrejeu qui rend difficile d’enfermer la beauté dans une unique région corticale. Néanmoins, cette étude confirme que la formule d’Euler a la cote : elle trône en tête des plus belles équations (admirez-la, c’est elle qui inaugure cet article). Quant à la plus moche de l’avis des spécialistes, c’est la série de Srinivasa Ramanujan. Je vous laisse juge :

Série de Srinivasa Ramanujan

Série de Srinivasa Ramanujan

Longue conservation – Que les amateurs de fromages se précipitent sur le dernier numéro du Journal of Archaeological Science. Les chercheurs viennent en effet de retrouver sur les corps de momies dans le désert du Taklmamakan en Chine des morceaux de fromage vieux de 3800 ans ! Si on possédait déjà des indices de fabrication depuis le 6e millénaire avant JC, il s’agit des plus anciens morceaux que les archéologues ont à se mettre sous la dent (ou sous le nez, ça devrait leur suffire). Une question reste en suspens : ces petits bouts de fromage étaient-ils des en-cas pour le défunt lors de son périple vers l’au-delà ou bien des offrandes en forme de nourritures célestes pour échapper au caprice des dieux ?

 Chant de mouche – La drosophile est mélomane. Les chercheurs connaissaient le chant que le mâle de cette espèce de mouche du vinaigre adresse à la femelle pour lui faire la cour. Le prétendant vrombit langoureusement près de sa partenaire, qui, ressentant ces vibrations jusqu’aux tréfonds de ses segments thoraciques, ne résiste pas à ce fougueux virtuose aux ailes agiles.  Mais des chercheurs de l’université de Princeton ont remarqué que le prétendant avait plus d’un morceau dans son répertoire. Le mâle prête en effet attention au comportement de la femelle pour ajuster sa mélodie. Une diversité jusque-là insoupçonnée. Poussant plus loin leurs investigations, les scientifiques ont montré que, si le mâle était muet ou la femelle malentendante, s’instaurait un dialogue de sourd qui retardait le passage à l’acte. Au risque que la rencontre ne tourne au vinaigre ?

 Ecoutez la sérénade, c’est…surprenant :

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Ma dose de science #5

Au menu : biomimétisme, exoplanètes et science & humour

La peau du dindon inspire les scientifiques

La peau du dindon inspire les scientifiques

Biomimétisme –  « L’Art imite la Nature » écrivait Aristote. La science aussi. Plutôt que de chercher l’inspiration ex nihilo, les scientifiques préfèrent souvent observer et mettre en œuvre des stratégies d’adaptation animale qui ont fait leurs preuves. Voici un petit florilège parmi les annonces récentes :

Leonard de Vinci dessinait déjà des machines volantes telles des chauves-souris. Des chercheurs de Virginia Tech ont minutieusement analysé comment ces mammifères battaient des ailes. C’est assez complexe et les robots chauves-souris sont encore loin. Batman peut souffler.

Par contre Spiderman se fera peut-être concurrencé par ces robots-araignées développés par des chercheurs suisses.  Ces hybrides sont capables de se déplacer verticalement sur un fil solide qu’ils fabriquent eux-mêmes avec une colle durcissant à l’air libre.

Le dindon inspire un capteur chimique. Ce n’est pas une farce. Sous l’effet de l’énervement, la tête du volatile passe du rouge au bleu à cause des fibres de collagène de la peau qui se réorganisent et absorbe différemment la lumière. Un chercheur de l’université de Berkeley a transposé ce principe pour fabriquer, entre autre, un détecteur à TNT.

Si vous en voulez encore, découvrez ici comment on confectionne une moustache de chat électronique pour sentir l’environnement ou pour voir comment l’étude des coquilles de mollusques permet de rendre le verre plus résistant.

Heureusement que les animaux ne réclament pas de royalties, car la liste est longue rien que dans les publications récentes. Mais il faut aussi ne pas se laisser s’enflammer, car les chercheurs ont bien compris que mettre l’accent sur un lien entre leurs travaux et l’ingéniosité de la nature éveillera plus facilement l’intérêt de journalistes et de potentiels investisseurs. Le monde de la recherche possède aussi ses stratégies d’adaptation.

Résurrection au clair de Lune – Les carottes ne sont peut-être pas cuites pour le Lapin de Jade. Ce rover, qui a été déployé par la Chine sur la Lune le 14 décembre dernier, connaissait quelques difficultés depuis la tombée de la seconde nuit lunaire, à la fin du mois de janvier. Les scientifiques chinois espéraient une amélioration au retour du jour, soit quatorze jours plus tard, le 9 février. Mais aucune nouvelle. L’annonce du décès du lapin a donc commencé à circuler.  Elle a été démentie le lendemain par le responsable du programme lunaire chinois. Cependant, on ne connait pas encore l’état exact du robot et les espoirs de le revoir gambader de nouveau sur le sol lunaire sont minces

Chasse-planètes –  L’Agence spatiale européenne vient de sélectionner la mission PLATO dans le cadre de son programme Vision cosmique. PLATO, pour PLAnetary Transits and Oscillations of stars,  recherchera des planètes de tailles approchant celle de la Terre en dehors du système solaire, de préférence des planètes situées dans la « zone d’habitabilité » de leur étoile, c’est-à-dire à une distance telle que la température permette l’existence d’eau liquide à la surface. Le satellite sera lancé en 2024. D’ici là, le satellite Gaïa, parti en décembre 2013, la mission Tess de la Nasa prévue en 2017 ou le JWT, qui remplacera Hubble en 2018, scruteront le ciel en quête d’autres mondes.

Humour fou –  Connaissez-vous l’histoire des 500 humoristes qui rentrent dans le bureau d’un psychiatre ? En fait, ce n’est pas une blague, mais une étude parue le mois dernier dans le British journal of psychiatry. Grâce à un questionnaire de personnalité, les chercheurs ont comparé les humoristes avec les acteurs et des personnes « normales » (ie qui n’exercent pas une activité « créative ») sur 4 traits particuliers : la croyance dans le paranormal, la difficulté à focaliser son attention, la volonté d’éviter les moments d’intimité ainsi que la tendance à l’impulsivité. Verdict : les acteurs ont un score plus élevé que la normale, mais les humoristes les battent sur tous les points. Cependant, les scientifiques mettent en garde contre les conclusions hâtives et le stéréotype de l’artiste fou. Est-ce que la prochaine étape ne devrait pas se concentrer sur les chercheurs ?

En attendant, les scientifiques aussi ont de l’humour. Ok, il est un peu spécial. La preuve avec ce top 10 des blagues scientifiques par Stephen Hawking. Attention, si vous riez, c’est que vous êtes contaminés.

Pour une tentative de traduction en français : voir ici.

Ma dose de science #4

Au programme du concentré de science véridique et décalé : portrait-robot préhistorique, stéthoscope, zythologie, religion, et trous noirs.

Brana 1. Crédit : CSIC

Brana 1. Crédit : CSIC

Ecce Homo – La peau foncée, les cheveux bruns et… les yeux bleus. Laissez-moi vous présenter Brana-1. Mort à 35 ans, il vivait il y a quelque 7000 ans dans le nord-ouest de l’Espagne. Prouesse technique : l’équipe internationale qui était à son chevet a réussi à dresser ce portrait-tout-sauf-robot juste à partir d’une dent et de l’ADN qu’elle contenait. De quoi faire mordre la poussière à l’hypothèse à laquelle se tenaient les anthropologues qui supposait que le teint des hommes de cette époque était plus clair.

Pour plus d’information, un article en français et la publication originale dans la revue Nature.

Médecine – Le stéthoscope pourrait devenir obsolète. C’est l’avis de Jagat Narula et Bret Nelson, de la Mount Sinai school of medicine de New York. Des dispositifs à ultrasons pas plus gros qu’un portefeuille sont désormais plus précis selon eux pour interpréter les murmures de nos entrailles. Reste que leur prix, quelques milliers d’euros, est bien supérieur à la Rolls Royce des stéthoscopes. Et que dire de la valeur symbolique de cet outil introduit en 1816 par le docteur René Laennec qui distingue à coup sûr celui qui le porte ? Le stéthoscope n’est peut-être pas encore à bout de souffle.

Zythologie artificielle – Des scientifiques de l’université autonome de Barcelone viennent de mettre au point un robot capable de différencier plusieurs variétés de bières. Il est doté d’une langue électronique incrustée de 21 électrodes sensibles à différents ions. Les signaux de tous ces détecteurs sont ensuite analysés et, après apprentissage, le robot discriminait six grandes catégories de bières avec une fiabilité de près de 82 %. A terme, de vrais robots goûteurs pourraient voir le jour. Parmi les questions qui restent en suspens : seront-ils ensuite capables de prendre le volant ?

 Un article à lire dans Food Chemistry, ou ici en français. (Et cliquez là si vous ne connaissez pas le mot zythologie).

Religion – Le cerveau des croyants fonctionne-t-il de la même façon que celui des athées ? Des scientifiques de l’Université d’Auburn en Alabama et du National Institutes of Healthse se sont penchés sur la question. En guise de confessionnal,  des outils d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle ont sondé l’esprit de volontaires soumis à des questions sur leurs croyances religieuses. Révélation : les circuits empruntés par l’information dans le cerveau semblent différés entre athées et croyants. Les chercheurs suspectent que le sentiment religieux puisse être une évolution apparue grâce au développement de la « théorie de l’esprit », cette capacité que les êtres humains ont d’essayer de deviner les intentions et les émotions d’autrui. Sommes-nous alors biologiquement déterminés à croire ? Non, car les connexions neuronales dépendent autant de l’environnement, de l’éducation, du contexte social… Au final, les voies du cerveau restent encore presque aussi impénétrables que celles de Dieu.

Pour en savoir plus : l’article scientifique, un post de blog en anglais, et un autre en français.

Trous noirs – Lui n’y croit plus. Stephen Hawking jette un pavé dans la théorie des trous noirs qu’il a contribué à développer. Les trous noirs sont  tellement denses qu’ils creusent dans la toile de l’espace-temps des puits si profonds que même la lumière n’en réchappe pas si elle s’approche trop près du mastodonte et franchit la ligne de non-retour que les physiciens appellent « l’horizon des événements ». Problème : Hawking & Cie buttent sur des paradoxes où physique quantique, relativité générale, intrication, entropie se mêlent et s’entredéchirent. Dans un court article sans équation publié sur Arxiv, le cosmologiste de Cambridge propose de brouiller les lignes : soumis à des fluctuations chaotiques, l’horizon des événements ne serait en fait qu’apparent. Cela ferait disparaitre les paradoxes. Mais pas les trous noirs. Vous avez dit troublant ?

Pour en savoir plus : l’article de Stephen Hawking, ce post de blog du Dr Eric Simon, qui explique bien les paradoxes et cet article (en anglais), ou d’autres spécialistes des trous noirs se montrent sceptiques face à cette annonce.

Enfin, merci à l’équipe de #LaTac sur France Inter pour m’avoir fait découvrir des vulgarisateurs hors-pairs des trous noirs : les Deschiens.

Ma dose de science #3

Après un temps d’absence, les doses de science font leur retour sous une nouvelle peau. Voici ma revue de presse en forme de petit concentré éclectique et subjectif des informations de la semaine.

La sonde Rosetta, vue d'artiste

La sonde Rosetta, vue d’artiste

Espace  La sonde Rosetta s’est réveillée lundi 20 janvier à 800 millions de km de la Terre. A 11h heure française, le réveil intégré a activé le vaisseau. Celui-ci s’est progressivement réchauffé avant d’envoyer vers la Terre un signal, qui a mis un peu de temps à arriver, jouant avec les nerfs des scientifiques. La destination de Rosetta : la comète 67P Churyumov-Gerasimenko. En mai, les premières images du noyau de glace devraient nous parvenir, en août, Rosetta se laissera capturer par la gravitation de l’astre et enfin en septembre, le petit atterrisseur Philae se détachera pour venir se poser sur la comète. Bref, c’est un vrai feuilleton qui va rythmer l’année 2014. Restez éveillés jusqu’au prochain épisode.

Tiques momifiés  On apprenait la semaine dernière la découverte de la tombe d’un nouveau pharaon en Egypte (voir ici).  Mais le monde de l’égyptologie ne manquera pas de se délecter de cet article de la revue Parasites & Vectors qui fait le point sur le mystère des tiques retrouvés sur des momies de chiens datant de plus de 2000 ans. On peut dire qu’ils sont coriaces.

Acoustique  112 secondes. Voilà la durée du plus long écho de monde. Il vient d’être enregistré dans une galerie souterraine écossaise. Le précédent record datait de 1970 et était de 15 secondes, déjà en Écosse. A croire qu’il y a un véritable programme de recherche sur le sujet là-bas. L’histoire complète est à lire ici (en anglais).

Nouveau dauphin  Les scientifiques connaissaient deux espèces de dauphins des rivières en Amazonie. Ils viennent d’en identifier une troisième, Inia araguaiaensis. Cette découverte rappelle celle d’une nouvelle espèce de dauphin à bosse annoncée en Australie fin 2013. Comme les dauphins à bosse, les dauphins des rivières sont méconnus et menacés par la destruction de leur habitat.

Balance microscopique  Un milliardième de milliardième de gramme. Cela s’appelle un attogramme, et c’est la précision d’une balance développée par des chercheurs du MIT. Elle permet de peser des nanoparticules en solution, des cellules et pourquoi pas des virus.

Fukushima, an III  Un très beau reportage illustré et animé comme un carnet de voyage repart à la rencontre des japonais qui ont subi la catastrophe du 11 mars 2011. A lire sur le site du Monde.

Antimatière  Imaginez un électron. Sa charge électrique est négative. Imaginez la même particule avec une charge positive : c’est un anti-électron, aussi appelé positron. L’antimatière est l’alter-ego de la matière que nous connaissons, mais avec une charge électrique opposée. Quand les deux se rencontrent, elles s’annihilent dans un éclair d’énergie. Mais pourquoi est-ce la matière qui prédomine dans l’univers et pas l’antimatière ?  Les physiciens butent sur ce problème. Une équipe du CERN est désormais capable de produire des faisceaux d’antihydrogène, soit l’association d’un anti-électron et d’un anti-proton. Ils espèrent pouvoir bientôt faire des expériences afin de tenter de lever une partie du mystère. Et si vous vous demandez toujours à quoi ça sert, voilà la meilleure réponse que j’ai à vous donner :

Antimatière

Comment j’ai détesté les maths

Comment j'ai detesté les maths

Je vais vous faire une confidence : j’ai toujours aimé les maths. D’accord, ce n’est pas forcément une révélation fracassante de la part d’un blogueur de sciences. Vous comprenez ainsi que lorsque j’ai entendu parler du film/documentaire d’Olivier Peyon, « Comment j’ai détesté les maths « , destiné à faire la lumière sur les mathématiques, voire à en redorer le blason, j’étais convaincu d’avance. Mais beaucoup de personnes se reconnaissent sans doute dans l’ouverture du film, où, face caméra, des élèves crient leur détestation mathématique : « It fills me with rage and anger » lance ce jeune américain. « C’est la destinée d’être nulle en maths » lâche cette étudiante. Face à cette avalanche de réactions dont ils sont pleinement conscients, les mathématiciens sont quelque peu dépourvus. «Ils sont tellement à te dire qu’ils étaient les derniers que forcément cela interroge quoi, comment pouvaient-ils être autant de derniers?» plaisante Cédric Villani comme pour exorciser le problème : « C’est pas normal, ça ne va pas».

Quel est l’antidote ? Olivier Peyon ne donne pas de formule, ne déroule aucune démonstration. Plutôt que d’essayer de se substituer à un cours en vulgarisant la mathématique et sa forêt de symbole, le film fait un pas de côté pour brosser le portrait de la galaxie des maths, ses profs, ses chercheurs. Mais il veut aussi montrer que cette galaxie est aussi la nôtre, que la frontière est artificielle. On rencontre ainsi François Sauvageot, géant barbu et chevelu…et prof de maths, dont le visage s’illumine quand il décrit ce qu’il ressent au moment où on peut se dire : « ça y est, j’ai compris ». Impossible de ne pas être contaminé par son enthousiasme quand il raconte comment le cheminement d’une démonstration compte plus que le résultat même, avec ses tours et détours semblables à ceux d’un alpiniste s’attaquant à une ascension inédite.  Et une fois au sommet, se retournant, le mathématicien peut désormais poser ses mots pour transmettre son savoir aux autres.

Le mathématicien justement, vous avez sans doute son image en tête: veste en tweed, lunettes et nœud papillon. Cédric Villani n’est pas loin : lavallière, broche-araignée et style romantique décalé. Celui qu’on a surnommé la « Lady Gaga des mathématiques » depuis la médaille Fields—la plus haute distinction dans le domaine—s’efforce de médiatiser sa « discipline ». Mais faut-il utiliser ce terme ? Dans le film, Villani énumère ce que j’appellerais les antinomies des maths : « Les mathématiques sont rigoureuses mais imaginatives, inégalitaires et démocratiques, anciennes et en mutation permanente, solitaires et sociales à la fois, difficiles et simplissimes. »  Plus éloigné d’une définition abstraite que d’un art poétique.

Comme dans toute activité créatrice, il y a des lieux propices aux mathématiques. L’Institute for advanced studies à Princeton, l’IHES au sud de Paris ou encore le centre Oberwolfach dans le Bade-Wurtemberg. Perdu au milieu des montagnes, ce dernier semble être une utopie surgie de la terre. Les mathématiciens sont invités à venir y séjourner, à se mélanger,  loin des agitations de l’extérieur. C’est un lieu où le temps, s’il ne s’est pas arrêté, oscille entre les sentiers des réflexions mathématiques et ceux, plus sensibles, des escarpements alentours. A l’entrée du centre trône la sculpture de la surface de Boy. A l’émotion que l’on perçoit à écouter Gert-Martin Greuel confier ce qu’il ressent au contact de cette matérialisation d’une pensée abstraite, on comprend que le lien entre beauté et mathématique n’est pas qu’un cliché destiné à esthétiser un univers aride, mais une réalité profonde dont la signification nous échappe.

Le centre Oberwolfach

Le centre Oberwolfach

Cependant cette idylle n’est qu’un versant de ce monde et le film se garde bien de le porter aux nues. La dernière partie, consacrée à la responsabilité des mathématiques dans les dérives de l’économie financière, le rappelle.  Nous baignons dans les mathématiques. Pour le meilleur et pour le pire.  Le film oppose les réactions de Jim Simmons à celles de Georges Papanicolaou. Le premier fut mathématicien jusqu’à l’approche de ses 40 ans. Il décide alors d’appliquer ses connaissances à la finance. C’était au début des années 80, désormais ses modèles mathématiques dominent les places financières, notamment par le trading à haute fréquence, dont Simmons revendique l’utilité. Les algorithmes que son entreprise génère lui apportent une richesse considérable, qu’il dépense en partie pour financer des instituts de mathématiques fondamentales. De l’autre côté, Georges Papanicolaou enseigne à Stanford et forme le haut du panier des traders-mathématiciens de Wall Street. D’origine grecque, il voit dans sa famille les ravages de la crise financière et confie, amer :

«En finance, les mathématiques ont servi de couverture aux prises de décision des banques. La profondeur de la recherche mathématique, le doute, le questionnement, la remise en cause: tout ce qui guidait la science depuis 300 ans a été compressé Mais tout le monde jouait le jeu, la fête continuait, les banques faisaient de l’argent, personne ne voulait arrêter la danse. Il y a eu une inflation démesurée de l’espoir que l’on plaçait dans les mathématiques. Mais utilisez les maths à mauvais escient et elles se vengent.»

Je regrette un peu qu’Olivier Peyon, voulant aborder les maths par tous ces angles, n’en approfondisse réellement aucun. Il a cependant le mérite de montrer qu’intéresser les gens aux mathématiques est un enjeu démocratique et d’apporter un regard extérieur au domaine. Pour détourner (facilement, je l’admets) une citation célèbre, les maths sont une chose trop importante pour être laissée aux seuls mathématiciens.

Deux citations du film pour achever de convaincre ceux qui ne le sont pas encore :

« On peut se demander à quoi servent les mathématiques dans la formation d’un être humain. Pour moi, elles sont un espace de potentialités : on peut les faire marcher au son du clairon, les utiliser pour asseoir un pouvoir ou reproduire des schémas sociaux, mais on peut tout autant s’en servir pour échapper à la folie du monde, ou aller au-delà des étoiles. »

 «Ne croyez aucune autorité. Vérifiez par vous-même. C’est aussi une chose fondamentale en mathématiques. Vous ne pouvez pas vous contenter d’un résultat, vous devez vérifier par vous-même. Réfléchissez, pensez, utilisez votre tête. Ne répétez pas des formules apprises par cœur, mais développez vos propres idées. N’arrêtez jamais.»

La violence est-elle une fatalité ? Enquête sur les origines de l’humanité

Meurtres, guerres et génocides. Notre actualité et notre histoire sont remplies de nouvelles et de récits macabres qui montrent qu’Homo Sapiens a le chic pour exterminer ses semblables. « L’Homme, ce tueur en série » titrait récemment l’hebdomadaire Le Point. Mais cette violence est-elle originelle ? L’Homme naît-il loup pour l’Homme ou la guerre est-elle liée à la construction des sociétés modernes ? C’est l’éternel débat, souvent caricaturé, entre les tenants de Hobbes et les partisans de Rousseau. Pour tordre le cou aux idées reçues, Marylène Patou-Mathis, préhistorienne, est remontée aux origines de nos sociétés. Ce billet propose un petit résumé d’une enquête archéologique et anthropologique.

Les indices

Trappu, les cheveux hirsutes, prompt à dégainer sa massue pour s’emparer du feu de la tribu voisine : l’image d’Epinal de l’homme préhistorique a la peau dure. Comme il n’est plus là pour témoigner, il faut s’en remettre aux fossiles et à la taphonomie (c’est-à-dire l’étude des conditions d’enfouissement des fossiles).  Plus on remonte dans le temps, moins les traces sont nombreuses, mais les archéologues disposent à l’heure actuelle d’un échantillon assez conséquent pour se faire une idée.

Que constate-t-on ? Avant le Néolithique, vers 10000 avant le présent, pas de traces de guerres ou de conflits d’envergure. Enfin si : une seule. Sur le « site 117 » sur la rive droite du Nil, au Nord du Soudan actuel. Datés de 13 000 ans environ, 59 squelettes ont été exhumés. Ce sont des hommes, des femmes et des enfants de tous âges, dont la plupart sont décédés de mort violente à la suite de coups portés à la tête, au thorax ou l’abdomen transpercés de flèches. Peu de doute que ce carnage résulte de l’affrontement entre deux communautés. Après cette date, les traces de conflits collectifs deviennent plus abondantes.

S’il n’y a pas d’indices de guerre au Paléolithique, il y a bien des signes de violence. Dans la grotte de Fontéchevade en Charente, le crâne d’un Néandertalien vieux de 120 000 ans porte la marque d’un coup ayant provoqué la mort. Le crâne d’un Homo Sapiens archaïque retrouvé en Chine méridionale, daté entre 150 000 et 200 000 ans, présente la trace d’un choc qui n’a cependant pas entraîné la mort. Mais la plus ancienne trace semble remonter à quelque 800 000 ans et il s’agit vraisemblablement de cannibalisme sur le site de Gran Dolina en Espagne chez Homo Antecessor.

Outre les témoignages archéologiques, il y a les indices anthropologiques. Marylène Patou-Mathis s’est penchée sur les sociétés de chasseurs-cueilleurs qui perdurent encore de nos jours. Ce ne sont bien sûr pas des « fossiles vivants » qui n’auraient pas évolué depuis la préhistoire. Mais ces hommes sont sans doute plus proches de nos ancêtres que de nos sociétés modernes. S’il y a une grande diversité de modes de vie, force est de constater qu’il existe des sociétés dont l’idéal culturel réside dans la coexistence pacifique comme les Bochimans du désert du Kalahari au sud de l’Afrique et rendus célèbres par le film Les Dieux sont tombés sur la tête.

Dernier indice : les peintures rupestres ne montrent pas de guerres. Ce n’est plus le cas au néolithique où l’art du Levant espagnol représente, par exemple, des affrontements entre groupes d’archers.

Peinture rupestre de combat d'archers. Datée d'il y a environ 7000 ans. Morella la Vella, dans l'est de l'Espagne.

Peinture rupestre de combat d’archers datée d’il y a environ 7000 ans. Morella la Vella, dans l’est de l’Espagne.

Il semble donc que la transition paléolithique/néolithique il y a environ 10000 ans soit une période charnière dans l’apparition des conflits guerriers. Que s’est-il passé à cette époque ?

Reconstitution de la scène historique

Retraçons le tableau à grands traits : au Proche-Orient, il y a environ 10 000 ans, un réchauffement climatique entraîne un climat plus sec. Le gibier devient rare. Les Hommes doivent innover pour survivre : ils domestiquent les plantes, en particulier dans la région du croissant fertile, puis les animaux. Pour cela, ils se sédentarisent. Ce premier domino va en faire tomber beaucoup d’autres. La sédentarité permet le développement d’équipements lourds de production et de stockage. Le surplus apparaît et change les rapports sociaux : la propriété s’individualise, le partage devient moins fort, la hiérarchisation sociale se renforce. Le rapport au monde change aussi : les hommes sont moins dépendants de la nature, le passé, du fait des biens accumulés, prend de l’importance face au présent. La sédentarité provoque une explosion de la démographie locale. L’exploitation de terres de plus en plus vastes nécessite de disposer d’une main d’œuvre plus importante et de territoires plus grands. Les fouilles archéologiques montrent que la caste des esclaves apparaît vers 6500 ans, en même temps que celle des guerriers. L’importance de cette dernière va de pair avec la domination masculine : les  civilisations méditerranéennes dites des « hypogées », considérées comme matriarcales, furent détruites vers  3500 ans par des groupes dotés de systèmes patriarcaux. Les dieux masculins, souvent pourvus d’attributs guerriers, remplacent les cultes de la Déesse-Mère.  Bref la guerre apparaît comme un produit de la société.

La fausse piste génétique 

« Mais voyons, l’homme est violent naturellement ! » Voici l’argument massue utilisé pour justifier parfois l’état de notre société actuelle. Pourtant, rien ne vient l’étayer. Il n’existe pas de « gène de la violence » et l’homme ne descend pas d’un « singe tueur » qui se serait répandu hors d’Afrique en éliminant les autres bipèdes. L’enquête rejette une idée souvent entendue: lors de son arrivée en Europe vers 43 000 ans, Homo Sapiens n’a pas exterminé Neandertal.  Aucune preuve ne va dans ce sens. Aucune trace de conflit. D’ailleurs la population néanderthalienne avait déjà commencé à décliner avant l’arrivée de l’homme moderne.

Et les hormones ? Certes, notre cerveau est programmé pour réagir face à un danger en sécrétant notamment  du cortisol et de l’adrénaline. Mais cette pulsion est de l’agressivité, qui n’est pas autre chose que l’instinct de survie. Ce n’est pas la même chose que de se défendre contre un péril que d’aller frapper son voisin de sa propre initiative !

Les partisans du « darwinisme social » soutiennent que la lutte pour la vie est l’état naturel  des relations entre individus. De son vivant, Darwin critique déjà cette idéologie associée à son nom. Pour certains même, comme Kropotkine, l’entraide fondée sur l’empathie est un facteur évolutif aussi important que la compétition. L’altruisme est d’ailleurs un comportement ancestral. Marylène Patou-Mathis cite par exemple le cas d’un Homo Heidelbergensis vivant il y a 500 000 ans et dont la colonne vertébrale montre qu’il souffrait d’une infirmité qui devait le faire souffrir lors de ses déplacements. Pourtant, il a survécu jusqu’à 45 ans environ, ce qui aurait été impossible sans l’aide des siens. De plus, à une époque où la démographie était faible, où les hommes n’avaient pas prise sur leur environnement, la survie sans altruisme aurait sans doute été impossible.

Mais alors quelle raison a-t-on de tuer son prochain ?

Les mobiles du crime

Dans le film RRRrrr! D’Alain Chabat (oui, toutes les références sont bonnes à prendre !), la tribu des cheveux propres est témoin du premier crime de l’humanité.

Leur première réaction, après l’incrédulité, est : pourquoi ?

Comme nous l’avons vu plus haut dans notre reconstitution, la guerre apparaît au Néolithique comme un produit de la société : la lutte pour de nouveaux territoires face à l’explosion démographique ou des conflits internes suite au renforcement des hiérarchies sociales. Mais Marylène Patou-Mathis met également en valeur le rôle du sacré : l’homme est un être symbolique autant que social. La violence, qui existe avant la guerre, est parfois un antidote des peurs. Des rites comme le cannibalisme ou le sacrifice humain servent d’exorcisme face au chaos du monde extérieur.

Une autre raison est à chercher du côté de la constitution de boucs émissaires. L’Autre est alors dévalorisé, perçu comme inférieur, dangereux, donc sa vie n’a plus de valeur. Ce mécanisme, engendré par la propagande, est à l’œuvre dans les génocides ou dans les actes de barbarie tels que la torture exercée par les militaires américains dans la prison irakienne d’Abou Ghraib.

Verdict ?

Bien sûr, il est difficile de faire le tour de la question en un post. L’Homme n’est pas un loup pour l’homme. Mais ce n’est pas non plus un être originellement pur corrompu par la société. L’archéologie montre en effet que la violence est présente avant la guerre, avant l’apparition d’inégalités dans les sociétés humaines. Cependant, ces actes de violence sont rares dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs paléolithiques et l’homme a développé très tôt des comportements altruistes. Dans tous les cas, la violence est le fruit d’une construction : elle ne sort pas de nulle part. Il n’y a donc pas de fatalité : ce que l’homme a construit, il peut le déconstruire, car « la singularité de l’Homme, c’est qu’il sait qui il a été et envisage qui il sera » dixit Marylène Patou-Mathis.  La prochaine fois qu’on vous parlera de la brutalité qui remonte à l’homme de Cro-magnon, vous saurez quoi répondre !

Pour aller plus loin :

Préhistoire de la violence et de la guerre, Marylène Patou-Mahtis, Odile Jacob, 2013.

.Débat sur France Culture entre Marylène Patou-Mahtis et Patrick Clervoy.

Plus de 1000 exoplanètes au compteur !

Vue d'artiste d'une exoplanète (crédit : Nasa)

Vue d’artiste d’une exoplanète (crédit : Nasa)

Ça y est ! La barre des 1000 mondes découverts à l’extérieur du système solaire vient d’être franchie. Du moins si on en croît le décompte de ce catalogue tenu par un chercheur de l’Observatoire de Paris. Ce palier est bien sûr symbolique, car il y a sans doute quelques « fausses alarmes » qui se révèleront ne pas être des planètes et surtout parce que les données du satellite Kepler fournissent quelques milliers d’autres candidates dont l’existence ne demande qu’à être confirmée. Aujourd’hui, la découverte d’une exoplanète ne fait plus la Une des journaux. Elles sont d’ailleurs souvent annoncées par  « grappes » de 5 ou 10. Mais il y a seulement une vingtaine d’années, le système solaire, avec ses planètes, était encore une exception dans l’univers.

51 de Pégase b lance la traque

Au début des années 1990, la quête des exoplanètes n’est pas un sujet de recherche nouveau. Plusieurs chercheurs avaient fait des annonces auparavant, en s’appuyant notamment sur l’astrométrie, une technique qui consiste à mesurer précisément la position d’une étoile et à déceler d’éventuelles perturbations dues à une planète Mais ces découvertes étaient entachées d’erreurs, et les scientifiques avaient dû se rétracter.  En effet, les scientifiques ne cherchent pas à voir directement une planète extrasolaire avec leur télescope : ce serait comme chercher à distinguer la lueur d’une bougie (la planète) à côté de celle d’un phare (l’étoile). Il y a bien sûr de nos jours des exceptions

Plutôt que de mesurer la position des étoiles, les chercheurs  peuvent également mesurer les variations de leur vitesse. Comment ? En observant la fréquence de la lumière de l’étoile, ou, pour le dire vite, sa couleur. Vous avez sans doute déjà entendu la sirène d’un camion de pompier : quand il s’approche de vous, le son semble devenir de plus en plus aigu (sa fréquence augmente), puis il s’éloigne et la sirène devient plus grave (sa fréquence diminue). C’est pareil pour la lumière qui nous parvient d’une étoile : lorsqu’elle se déplace vers la Terre, nous voyons la fréquence de sa lumière augmenter (c’est-à-dire que nous voyons sa couleur « bleuir ») et quand elle s’éloigne, sa couleur « rougit ». Ce phénomène s’appelle l’effet Doppler, et vous pouvez en apprendre plus ici. Evidemment, cette variation est très faible et nécessite un instrument spécial couplé à un télescope : un spectrographe.

Au tournant 1994-1995, c’est avec un spectrographe nommé Elodie que les astronomes suisses Michel Mayor et Didier Queloz scrutent la voûte céleste, et en particulier, 142 étoiles. Parmi ces astres, un attire leur attention. Il s’agit de la 51e étoile de la constellation de Pégase. Il semble que les  infimes variations de sa vitesse soient dues à la présence d’une planète à ses côtés. Mais voilà, ce serait une planète géante tellement proche de l’étoile que sa révolution ne durerait que 4,2 jours ! Alors les astronomes hésitent. Un article théorique ne vient-il pas d’être publié au début de l’année 1995 qui affirme que des planètes géantes ne peuvent tourner que loin de leur étoile, comme Jupiter qui orbite en 11 ans autour du Soleil ? En juillet 1995, un an après les premiers signes de la présence de la planète,  Michel Mayor et Didier Queloz refont une nouvelle fois leur mesure : le signal est toujours là, avec la même périodicité.  Les tergiversations ne sont plus de mise et le 6 octobre, dans la revue Nature, ils annoncent la découverte de 51 de pégase b, officieusement appelée Bellerophon, tel le dompteur mythologique de Pégase.

Leurs principaux concurrents, les américains Geoffrey Marcy et Paul Butler en perdent leurs lunettes : eux ne cherchaient pas si près de l’étoile ! Quelques mois plus tard, ils confirment la découverte de Mayor et Queloz et apportent en plus deux nouvelles planètes du même acabit. Le compteur à exoplanète est débloqué.

Des mondes divers et exotiques

Depuis la chasse est ouverte. Soit avec la mesure des vitesses soit grâce à d’autres méthodes comme le transit ou l’effet de microlentille gravitationnelle. Ou encore avec des satellites comme Kepler, malheureusement tombé en panne.  Les « Jupiter chaudes » comme 51 de pégase b ont d’abord été les plus nombreuses à tomber dans les filets des astrophysiciens. Ce sont les plus grosses et les plus proches de leur étoile, donc celles qui produisent les effets les plus facilement observables. Mais il y a aussi des « Neptunes chaudes », comme Mu Ara c, à mi-chemin entre une géante gazeuse et une planète tellurique comme la Terre. Puis des « super-Terres », qui font jusqu’à dix fois la masse de notre planète.  Des mondes complètement exotiques aussi : il existe des planètes errant au milieu de nulle part comme PSO J318.5-22, quelques unes avec plusieurs soleils comme PH1, d’autres où il pleuvrait du verre comme HD 189733b, et même certaines autour de pulsar, comme celle découverte par Dale Frail et Aleksander Wolszczan en 1992 (avant même Michel Mayor).

En 20 ans, les planètes du système solaire sont donc passées du statut d’îlots perdus dans l’océan étoilé à celui de membre quelconque d’un archipel immense, mais dont aucune partie ne ressemble à une autre !

La distance qui nous sépare de ces mondes va de quelques années lumière (la plus proche serait Alpha Centauri Bb, dont l’existence reste à confirmer) à plusieurs dizaines d’années lumière. Néanmoins, les exoplanètes que l’on connaît pour l’instant sont nos voisines. Or il y aurait quelque 200 milliards d’étoiles dans la Voie lactée et  au moins autant de galaxies dans l’univers. De quoi donner le vertige sur le nombre de planètes potentiellement habitables. Alors pourquoi pas la vie ailleurs ? La quête ne fait que commencer…

Pour aller plus loin :