Ma dose de science #8

Vous avez passé l’été loin de la science et des bruits de laboratoires ? Vous ne connaissez ni les lauréats de la médaille Fields 2014, ni le nom de la comète autour de laquelle tourne la sonde Rosetta, ni l’événement dont on a fêté le 45e anniversaire en juillet ? Remettez-vous dans le bain avec cette dose de science !

 

Le noyau de "Chury"  Esa/Rosetta/MPS for Osiris Team/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

Le noyau de « Chury »

Rosetta–Les scientifiques commencent vraiment à tirer des plans sur la comète. Sur la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko plus précisément. Ou « Chury » pour les intimes. En effet, la sonde Rosetta (dont j’ai déjà parlé ici) a réussi début août son approche de la comète. Un ballet céleste qui s’est déroulé à 400 millions de km de nous. L’engin spatial accompagne désormais, à moins de 100 km de distance, la comète dans sa course vers le Soleil. Les astronomes scrutent donc les images très précises de l’étrange noyau cométaire, ce double-patatoïde cratérisé. Pas facile de sélectionner, sur cette surface aussi désolée qu’accidentée, un site d’atterrissage pour le petit module Philae, qui doit se poser sur Chury vers le 11 novembre. 5 sites sont pour l’instant en compétition.

Ebola–Plus de 2000 cas en Afrique centrale et occidentale, plus de 1000 morts. La plus importante épidémie de cette fièvre hémorragique continue de faire des ravages. Voici une infographie de Courrier international pour faire le point.

Médaille Fields–Certains l’appellent « le prix Nobel des maths ». A tort, car la médaille Fields récompense exclusivement des mathématiciens de moins de 40 ans, comme une incitation à poursuivre leur recherche plutôt que comme une consécration venant parachever une carrière. Ensuite, les quelques 10000 euros reçus par les lauréats sont loin du million de dollar que se partagent les Nobels. Enfin, la distinction n’est décernée que tous les 4 ans, lors du Congrès international des mathématiciens. Cette année, c’est à Séoul qu’ont été récompensés Manjul Bhargava, Martin Hairer, Artur Avila et Maryam Mirzakhani. Cette dernière est la première femme à être nommée. Ils ont été honorés pour leurs contributions respectives à la théorie des nombres, à la théorie des équations aux dérivées partielles stochastiques, à la théorie des systèmes dynamiques, et à la dynamique et la géométrie des surfaces de Riemann et de leurs espaces de modules. Rien que ça. Si vous n’avez pas compris cette avant-dernière phrase, rassurez-vous, c’est normal. Si vous êtes motivés, voici les liens vers quatre articles rédigés par le mathématicien Etienne Ghys sur les travaux des lauréats (1, 2, 3, 4 ). Vous avez quatre ans pour comprendre, jusqu’aux prochaines médailles Fields.

Transdifférenciation–De la cellule rectale au neurone. Une ascension sociale rêvée pour toute cellule qui rêve de gloire. Plus qu’un rêve, ces changements d’identités (les chercheurs disent « transdifférenciation ») sont réalité dans la nature. Par exemple chez Caenorhabditis elegans, un petit ver. Les scientifiques ont étudié les processus par lesquels une cellule du rectum du ver devient un neurone moteur. Marie-Charlotte Morin, qui a fait sa thèse à l’Université de Strasbourg sur ce sujet, en parle beaucoup mieux que moi. Elle a d’ailleurs remporté la finale française du concours de vulgarisation « Ma thèse en 180 secondes » avec sa présentation nonchalamment intitulée « le rôle des protéines lin-15A et rétinoblastome dans la reprogrammation cellulaire directe in vivo chez C.elegans ». Jugez vous-mêmes :

L’équipe vient de publier un article à ce propos dans le magazine Science et le CNRS d’en est fait l’écho dans un communiqué. Marie-Charlotte participera à la finale internationale de « Ma thèse en 180 secondes » le 25 septembre à Montréal.

Chaudière solaire–Les neutrinos « pp », particules élémentaires produites lors des réactions nucléaires au cœur du Soleil, ont directement été observés pour la première fois. Contrairement à l’énergie produite lors de ces réactions, qui met plus de 1000 ans à traverser l’intérieur dense de notre étoile avant de nous parvenir sous forme de photons, les neutrinos n’interagissent quasiment pas avec leur environnement et traversent le Soleil sans encombre pour atteindre la Terre seulement 8 minutes après leur création. Cette « furtivité » explique pourquoi ils sont si difficiles à détecter. En tous cas, leur étude montre que le fonctionnement de la machine à fusion solaire n’a pas changé depuis 100 000 ans et devrait continuer sans encombre pendant une durée au moins équivalente. Sacrée garantie pour une chaudière.

Transparence intégrale— Un procédé permet de rendre, post mortem, des souris complètement transparentes. Il s’agit d’un gel qui élimine les lipides, qui rendent d’habitude les tissus et les organes opaques. Toute application sur les comptes bancaires hébergés dans les paradis fiscaux est pour l’instant exclue.

Botanique–Les plantes ont des oreilles. Du moins certaines d’entre elles, comme l’arabette des dames, seraient capables de capter les vibrations sonores émises par le machouillage d’une chenille et de réagir en sécrétant des substances chimiques qui dissuaderaient l’intruse de poursuivre son repas. L’article est paru dans la revue Oecologia.

Joyeux anniversaires–Cet été, on a eu l’occasion de souffler les bougies pour :

-Les 45 ans des premiers hommes sur la Lune. Le 21 juillet 1969 Neil Armstrong et Buzz Aldrin mettaient le pied sur le satellite naturel de la Terre. Mais vous souvenez vous du troisième homme, resté dans le mobile en orbite autour de la Lune ? Pour vous replonger dans l’ambiance de l’époque, le documentaire Moonwalk One vous attend.

-Les 10 ans de la sonde Cassini, dont on ne compte plus les résultats et les observations de Saturne notamment, comme le rappelle ici Francis Rocard.

 

Ma dose de science #3

Après un temps d’absence, les doses de science font leur retour sous une nouvelle peau. Voici ma revue de presse en forme de petit concentré éclectique et subjectif des informations de la semaine.

La sonde Rosetta, vue d'artiste

La sonde Rosetta, vue d’artiste

Espace  La sonde Rosetta s’est réveillée lundi 20 janvier à 800 millions de km de la Terre. A 11h heure française, le réveil intégré a activé le vaisseau. Celui-ci s’est progressivement réchauffé avant d’envoyer vers la Terre un signal, qui a mis un peu de temps à arriver, jouant avec les nerfs des scientifiques. La destination de Rosetta : la comète 67P Churyumov-Gerasimenko. En mai, les premières images du noyau de glace devraient nous parvenir, en août, Rosetta se laissera capturer par la gravitation de l’astre et enfin en septembre, le petit atterrisseur Philae se détachera pour venir se poser sur la comète. Bref, c’est un vrai feuilleton qui va rythmer l’année 2014. Restez éveillés jusqu’au prochain épisode.

Tiques momifiés  On apprenait la semaine dernière la découverte de la tombe d’un nouveau pharaon en Egypte (voir ici).  Mais le monde de l’égyptologie ne manquera pas de se délecter de cet article de la revue Parasites & Vectors qui fait le point sur le mystère des tiques retrouvés sur des momies de chiens datant de plus de 2000 ans. On peut dire qu’ils sont coriaces.

Acoustique  112 secondes. Voilà la durée du plus long écho de monde. Il vient d’être enregistré dans une galerie souterraine écossaise. Le précédent record datait de 1970 et était de 15 secondes, déjà en Écosse. A croire qu’il y a un véritable programme de recherche sur le sujet là-bas. L’histoire complète est à lire ici (en anglais).

Nouveau dauphin  Les scientifiques connaissaient deux espèces de dauphins des rivières en Amazonie. Ils viennent d’en identifier une troisième, Inia araguaiaensis. Cette découverte rappelle celle d’une nouvelle espèce de dauphin à bosse annoncée en Australie fin 2013. Comme les dauphins à bosse, les dauphins des rivières sont méconnus et menacés par la destruction de leur habitat.

Balance microscopique  Un milliardième de milliardième de gramme. Cela s’appelle un attogramme, et c’est la précision d’une balance développée par des chercheurs du MIT. Elle permet de peser des nanoparticules en solution, des cellules et pourquoi pas des virus.

Fukushima, an III  Un très beau reportage illustré et animé comme un carnet de voyage repart à la rencontre des japonais qui ont subi la catastrophe du 11 mars 2011. A lire sur le site du Monde.

Antimatière  Imaginez un électron. Sa charge électrique est négative. Imaginez la même particule avec une charge positive : c’est un anti-électron, aussi appelé positron. L’antimatière est l’alter-ego de la matière que nous connaissons, mais avec une charge électrique opposée. Quand les deux se rencontrent, elles s’annihilent dans un éclair d’énergie. Mais pourquoi est-ce la matière qui prédomine dans l’univers et pas l’antimatière ?  Les physiciens butent sur ce problème. Une équipe du CERN est désormais capable de produire des faisceaux d’antihydrogène, soit l’association d’un anti-électron et d’un anti-proton. Ils espèrent pouvoir bientôt faire des expériences afin de tenter de lever une partie du mystère. Et si vous vous demandez toujours à quoi ça sert, voilà la meilleure réponse que j’ai à vous donner :

Antimatière