Ma dose de science #10

Ma prescription d’actus sciences : anthropocène, horloge de l’apocalypse, résurrection martienne, nomophobie, ruban adhésif, science & satire, et plus pour les accrocs.

ma dose de science #10

Anthropocène — L’humanité est devenue une force géologique. Exploitation des ressources, émission de gaz à effet de serre, artificialisation des sols et aménagement des territoires…notre impact est indéniable. Les chercheurs ont forgé le terme « anthropocène » pour qualifier la nouvelle ère dans laquelle la Terre serait entrée. Le naturaliste Buffon divisait dès le XVIIIe siècle l’histoire de la Terre en sept époques, la dernière étant celle de l’homme. Où fixer son début ? Les glaces du Groenland recèlent les marques de l’exploitation des métaux comme le cuivre dès l’Antiquité. Mais pourquoi ne pas remonter à la naissance de l’agriculture, il y a plus de 10 000 ans ou au contraire choisir 1784, lorsque James Watt dépose le brevet de la machine à vapeur, emblème de la révolution industrielle ? Dans une étude récente publiée dans Nature, des géologues proposent la date du 16 juillet 1945. Ce jour-là, la première bombe nucléaire explose dans le désert du Nouveau-Mexique. Un de leurs arguments est la présence d’un marqueur attribuable sans équivoque à l’humanité : la dissémination d’éléments radioactifs comme le plutonium 239 dans les strates géologiques.

On peut contester le terme « anthropocène » et trouver cette démarche anthropocentrique : l’homme observant l’œuvre de l’homme sur la Terre et lui donnant son nom…il y aurait de quoi se poser des questions philosophiques. De plus, l’entrée dans cette nouvelle phase et surtout la conséquence de l’action des pays riches et industrialisés, et non de tous les êtres humains. Cependant, c’est une des manières de dire que les hommes comme « maîtres et possesseurs de la nature » ont atteint les limites de la planète. Le succès de la notion d’anthropocène vient de cette (re)prise de conscience. Cette période sera-t-elle la dernière que connaîtra l’humanité ? Sinon, il faudra se creuser les méninges pour le nom de la prochaine.

Horloge de l’apocalypse — Une réponse à la question précédente en forme d’anecdote : des scientifiques regroupés dans le Bulletin of atomic scientists tiennent à jour une « horloge de l’apocalypse », une horloge fictive qui symbolise le risque de catastrophe globale pesant sur l’humanité. Ses aiguilles viennent d’être avancées de 23h55 à 23h57, compte tenu à la fois du changement climatique et de la modernisation des stocks d’armes nucléaires. Bien sûr, il n’y a pas de méthodologie scientifique précise pour fixer cette horloge. Simplement une analyse où les risques technologiques se mêlent à la géopolitique. Les aiguilles ont ainsi fait des va-et-vient depuis le début du décompte en 1945. La dernière fois qu’elles marquaient 23h57, c’était en 1984 pendant la guerre froide avec la crise des missiles Pershing en Europe. Ces trois petites minutes avant la fin du monde ne sont donc pas une fatalité. Mais on ne pourra pas dire qu’on n’a pas entendu le tic-tac.

Résurrection martienne — Lui, on ne l’entendait pas et on ne l’attendait plus. Il s’agit de Beagle 2, un petit robot conçu par les britanniques pour explorer Mars. Le 19 décembre 2003, il se détache de la sonde européenne Mars Express. Il atteindra dans quelques jours son objectif : le sol poussiéreux et caillouteux de la petite cousine de la Terre. Le 25 décembre, les chercheurs attendent l’heureux avènement sous la forme d’un signal radio, un jingle conçu par le groupe de pop Blur que doit envoyer Beagle 2 après son atterrissage. Silence. Rien ne vient ce jour de Noël. La sonde-mère Mars Express ne recevant rien, on en sollicite une autre, Mars Odyssey. Sur Terre, on réquisitionne le télescope Lovell. Mais le silence s’épaissit, lourd de questions. Beagle s’est-il perdu lors de la traversée de l’atmosphère martienne ou avant ? Est-ce son parachute qui ne s’est pas déclenché, provoquant un crash inéluctable ? Ou bien sont-ce les airbags ? L’atterrisseur rejoint la longue liste des vaisseaux engloutis ou écrabouillés avant d’atteindre la planète rouge. Sur les quelque 40 missions envoyées, plus de la moitié ont échoué (le taux de réussite varie entre un tiers et la moitié selon les missions que l’on prend en compte). Onze ans plus tard, voilà que Beagle 2 réapparaît comme un petit point sur des images prises par la sonde MRO qui tourne autour de Mars. Peu de doutes sont permis, le robot est bien là, sur le sol, à 5 km du site d’arrivée prévu. Il est seulement à demi-déployé, ce qui explique peut-être que son antenne n’ait pas fonctionné. Les autres questions restent en suspens, par exemple : ses instruments ont-ils fonctionné pendant ce temps ? Ce serait un petit miracle martien.

Nomophobie — Rester onze ans sans être joignable à l’instar de Beagle 2, les nomophobes ne pourraient pas le supporter. Voilà un néologisme importé de l’anglais nomophobia, contraction de « no mobile phobia ». Traduction : angoisse ressentie en l’absence de son téléphone portable. L’apparition du mot remonterait à 2008 lors d’une étude menée au Royaume-Uni. Le terme de phobie n’est-il pas abusif quand il sert à décrire une banale anxiété ? Certains préfèrent le terme « adikphonia », tout aussi néologique. Bref, la nomophobie est un concept flou mais dans l’air du temps, qui formalise cette impression que nos téléphones sont de plus en plus comme des extensions de nous-même. Et une nouvelle étude vient de paraître sur le sujet (lire le protocole, en anglais). Elle montre que des étudiants qui doivent répondre à un questionnaire, sans pouvoir répondre à leur téléphone qui est en train de sonner, ont de moins bons résultats, un rythme cardiaque plus rapide et une tension artérielle plus élevée que lorsqu’ils répondent aux questions avec, à côté d’eux, leur smartphone. En l’occurrence, des Iphones. Personnellement, j’ai un Samsung. Ouf.

Scotchant — Il y a des physiciens qui cherchent à comprendre comment l’univers a commencé. D’autres scrutent l’infiniment petit en quête de nouvelles particules. D’autres encore s’attaquent à la compréhension du changement climatique. D’autres, enfin, se demandent comment on décolle du scotch. Parfaitement. Ce n’est pas moins compliqué. Ni moins important. Je ne sais pas si ce sont les insupportables « scriiiiiiiiiiiiiiiitch » de l’adhésif qu’on retire ou bien le souvenir des « aaaaaarrrrrrgggg » poussés suite au brutal décollage d’un pansement qui ont incité les chercheurs à s’attacher à ce problème. Mais ils ont fait des expériences. Non, ils ne se sont pas mis des pansements pour voir quelle méthode de retrait entraînait le moins de cris. Ils ont choisi un protocole plus calibré où ils pouvaient faire varier la vitesse à laquelle on décolle le scotch (V sur le schéma ci-dessous), la longueur du morceau sur lequel on tire (L), et l’angle de décollement (θ). Conclusion pratique : augmentez l’angle pour réduire les effets indésirables. Il y a aussi une conclusion plus théorique que je vous laisse découvrir dans l’article de la revue Soft Matter, et dont la lecture vous permettra sans aucun doute d’oublier la douleur lors votre prochain petit bobo.

Une expérience (dé)scotchante

Une expérience (dé)scotchante

En bref, pour ceux qui sont vraiment accrocs :

L’épidémie d’Ebola serait en légère régression. Une interview dont vous êtes le héros à retrouver sur Slate.fr

2015 est l’année internationale de la lumière. Je compte bien y revenir dans les prochains billets.

Les premières données scientifiques de la sonde Rosetta sur la comète « Tchoury » sont publiées.

Facebook prédit votre personnalité à partir de vos « likes ».

Satire & Science —  Les tueries de ce début d’année à Paris ont marqué le monde entier. La revue Nature y a consacré son éditorial du 13 janvier. Il relie la science et la caricature en déclarant « La libre pensée scientifique et la satire […] sont cruciales pour défier et saper les dogmes et l’autoritarisme ».

Puis, plus loin : « Le droit de critiquer, et même de moquer, la religion, le fanatisme, la superstition et aussi la science, […] est inscrit en France, comme dans beaucoup de pays, comme un droit fondamental de l’Homme ».

Dont acte. On peut caricaturer la science et les scientifiques. Je laisse donc le dernier trait à Charb  :

caricature de science

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Ma dose de science #5

Au menu : biomimétisme, exoplanètes et science & humour

La peau du dindon inspire les scientifiques

La peau du dindon inspire les scientifiques

Biomimétisme –  « L’Art imite la Nature » écrivait Aristote. La science aussi. Plutôt que de chercher l’inspiration ex nihilo, les scientifiques préfèrent souvent observer et mettre en œuvre des stratégies d’adaptation animale qui ont fait leurs preuves. Voici un petit florilège parmi les annonces récentes :

Leonard de Vinci dessinait déjà des machines volantes telles des chauves-souris. Des chercheurs de Virginia Tech ont minutieusement analysé comment ces mammifères battaient des ailes. C’est assez complexe et les robots chauves-souris sont encore loin. Batman peut souffler.

Par contre Spiderman se fera peut-être concurrencé par ces robots-araignées développés par des chercheurs suisses.  Ces hybrides sont capables de se déplacer verticalement sur un fil solide qu’ils fabriquent eux-mêmes avec une colle durcissant à l’air libre.

Le dindon inspire un capteur chimique. Ce n’est pas une farce. Sous l’effet de l’énervement, la tête du volatile passe du rouge au bleu à cause des fibres de collagène de la peau qui se réorganisent et absorbe différemment la lumière. Un chercheur de l’université de Berkeley a transposé ce principe pour fabriquer, entre autre, un détecteur à TNT.

Si vous en voulez encore, découvrez ici comment on confectionne une moustache de chat électronique pour sentir l’environnement ou pour voir comment l’étude des coquilles de mollusques permet de rendre le verre plus résistant.

Heureusement que les animaux ne réclament pas de royalties, car la liste est longue rien que dans les publications récentes. Mais il faut aussi ne pas se laisser s’enflammer, car les chercheurs ont bien compris que mettre l’accent sur un lien entre leurs travaux et l’ingéniosité de la nature éveillera plus facilement l’intérêt de journalistes et de potentiels investisseurs. Le monde de la recherche possède aussi ses stratégies d’adaptation.

Résurrection au clair de Lune – Les carottes ne sont peut-être pas cuites pour le Lapin de Jade. Ce rover, qui a été déployé par la Chine sur la Lune le 14 décembre dernier, connaissait quelques difficultés depuis la tombée de la seconde nuit lunaire, à la fin du mois de janvier. Les scientifiques chinois espéraient une amélioration au retour du jour, soit quatorze jours plus tard, le 9 février. Mais aucune nouvelle. L’annonce du décès du lapin a donc commencé à circuler.  Elle a été démentie le lendemain par le responsable du programme lunaire chinois. Cependant, on ne connait pas encore l’état exact du robot et les espoirs de le revoir gambader de nouveau sur le sol lunaire sont minces

Chasse-planètes –  L’Agence spatiale européenne vient de sélectionner la mission PLATO dans le cadre de son programme Vision cosmique. PLATO, pour PLAnetary Transits and Oscillations of stars,  recherchera des planètes de tailles approchant celle de la Terre en dehors du système solaire, de préférence des planètes situées dans la « zone d’habitabilité » de leur étoile, c’est-à-dire à une distance telle que la température permette l’existence d’eau liquide à la surface. Le satellite sera lancé en 2024. D’ici là, le satellite Gaïa, parti en décembre 2013, la mission Tess de la Nasa prévue en 2017 ou le JWT, qui remplacera Hubble en 2018, scruteront le ciel en quête d’autres mondes.

Humour fou –  Connaissez-vous l’histoire des 500 humoristes qui rentrent dans le bureau d’un psychiatre ? En fait, ce n’est pas une blague, mais une étude parue le mois dernier dans le British journal of psychiatry. Grâce à un questionnaire de personnalité, les chercheurs ont comparé les humoristes avec les acteurs et des personnes « normales » (ie qui n’exercent pas une activité « créative ») sur 4 traits particuliers : la croyance dans le paranormal, la difficulté à focaliser son attention, la volonté d’éviter les moments d’intimité ainsi que la tendance à l’impulsivité. Verdict : les acteurs ont un score plus élevé que la normale, mais les humoristes les battent sur tous les points. Cependant, les scientifiques mettent en garde contre les conclusions hâtives et le stéréotype de l’artiste fou. Est-ce que la prochaine étape ne devrait pas se concentrer sur les chercheurs ?

En attendant, les scientifiques aussi ont de l’humour. Ok, il est un peu spécial. La preuve avec ce top 10 des blagues scientifiques par Stephen Hawking. Attention, si vous riez, c’est que vous êtes contaminés.

Pour une tentative de traduction en français : voir ici.