Dose # 1

Le cocktail de la semaine : électricité, chant des oiseaux et exoplanètes

L’électricité ferait pousser la bosse des maths. Des chercheurs de l’université d’Oxford prétendent en effet que des stimulations électriques localisées du cerveau augmentent les capacités de calcul mental. Pour les besoins de l’étude, parue dans la revue Current Biology, les apprentis électriciens ont placé des électrodes sur le sommet du crâne de 13 volontaires. Tandis que ces derniers planchaient sur des problèmes arithmétiques, un courant dont l’intensité fluctuait de manière aléatoire est venu chatouiller leur cortex préfrontal dorsolatéral, impliqué dans les processus de calcul. En parallèle, un groupe témoin se frottait aux mêmes problèmes sans dopage électrique. Verdict : de meilleurs résultats pour les personnes stimulées, tant sur leur performance en calcul que sur leur capacité à mémoriser une équation. Même après 6 mois, les effets semblent persister au moins en partie. Mais l’innocuité du traitement n’est pas encore prouvée. Les allergiques aux maths sont donc loin d’être une espèce en voie de disparition.

En revanche, le glaucope cendré de Nouvelle Zélande est en danger. En 2004, on ne recensait plus que 400 couples de ces oiseaux connus pour leur chant rappelant la sonorité de l’orgue. Depuis plusieurs années, un programme de relocalisation existe pour déplacer une partie de la population vers d’autres réserves de l’île. Mais des écologues des universités de Waikato et de Lincoln ont montré que suite à leur déplacement, les oiseux avaient modifié leur chant. Présentés dans  Applied ecology, les résultats de l’étude montrent que le chant des individus relocalisés diverge de celui de la population source, tout en étant moins diversifié. A la manière des enfants apprenant à parler, les glaucopes apprennent à chanter en écoutant leurs  parents et leurs congénères. Les individus déplacés ont donc emporté avec eux moins d’éléments de chant, ce qui explique les différences, qui s’accroissent avec le temps. Or le chant est important dans la reconnaissance mutuelle des oiseaux, en particulier pour la reproduction. Une trop grande différence pourrait donc empêcher à terme l’accouplement entre deux glaucopes issus de réserves différentes. Ce n’est heureusement pas encore le cas, en diffusant un playback des chants d’une population à l’autre, les oiseaux étaient capables de reconnaître leurs semblables.

Le satellite Kepler, lui, a peut-être poussé le chant du cygne.  Lancé en 2009 par la NASA, le téléscope spatial est en effet tombé en panne. La faute au dysfonctionnement des gyroscopes, y compris celui de secours. Ces instruments permettent au satellite de pointer dans une direction précise de l’espace.  Cet incident sonne sans doute le glas de la mission, mais la découverte d’une nouvelle exoplanète pourrait la conclure en beauté. Pendant près de 4 ans, Kepler a chassé les planètes qui tournent autour d’une autre étoile que le soleil. Celles-ci sont trop loin pour être observées directement. Le satellite est donc à l’affût  du phénomène de transit : lorsque la planète passe devant son étoile, la quantité de lumière qui nous provient de cette dernière baisse. Cette diminution revient périodiquement à chaque révolution de la planète. Grâce aux données de Kepler, les astronomes, aidés par de simples citoyens sur le site planethunter.org , ont découvert quelques 2740 exoplanètes potentielles dont 132 ont été confirmées. Mais cette fois-ci, c’est une nouvelle méthode qui a été utilisée par une équipe d’astrophysiciens américains et israéliens. Son nom : Beer. Comprenez BEaming, Ellipsoidal and Reflection/emission modulations. Une goutte de relativité restreinte, une pointe d’effet de marée forme le cocktail de l’algorithme Beer, qui a déniché Kepler-76b, une sorte de Jupiter chaude orbitant autour d’une étoile à 2.000 années-lumière du Soleil, dans la constellation du Cygne.